Interview du Président du Conseil d’Administration de SAHAM ASSURANCES NIGER

Mamadou Talata DOULLA, Président du Conseil d’Administration de SAHAM ASSURANCES NIGER

« Le Marché des Titres Publics de l’UEMOA est, pour nous, le plus rentable »

Son nom est étroitement associé au secteur de l’assurance au Niger. Il s’agit de Mamadou Talata DOULLA, promoteur de SAHAM ASSURANCES, une compagnie qu’il a lancée en 2012, après avoir consacré plusieurs décennies à la promotion du secteur dans le pays. Il a d’abord exercé à la SNAR-LEYMA, puis à UGAN, où il a occupé plusieurs fonctions stratégiques. Dans cette interview, il revient sur les relations de partenariat entre les compagnies d’assurance et de réassurance et le Marché des Titres Publics, ainsi que sur les rendements générés par les investissements en titres publics, devenus particulièrement attractifs pour les compagnies d’assurance. Il met également en lumière de nouvelles perspectives en matière d’amélioration de la rentabilité.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous présenter également la compagnie d’assurance que vous dirigez ?

Je vous remercie pour l’opportunité que vous m’offrez à travers cette interview. Je m’appelle Mamadou Talata DOULLA. J’ai intégré le secteur de l’assurance après m’y être spécialisé en 1978. C’est à cette période que j’ai fait mes premiers pas dans le métier. J’ai exercé à la Société Nigérienne d’Assurances et de Réassurances (SNAR-LEYMA), puis à l’Union Générale d’Assurances du Niger (UGAN). Aujourd’hui, je suis Président du Conseil d’Administration de SAHAM ASSURANCES NIGER, après avoir naturellement occupé le poste de Directeur Général de 2012 à 2020.

SAHAM ASSURANCES NIGER a été créée en 2012. Ses débuts ont été difficiles, mais avec le temps, elle a su se positionner sur le marché et bâtir une certaine notoriété dans le secteur de l’assurance à l’échelle nationale.

Actuellement, la compagnie traverse certaines difficultés, ce qui est d’ailleurs le lot de nombreuses entreprises. La plupart sont fragilisées par le fait que nos économies restent peu solides. À cela s’ajoute la crise sanitaire mondiale.

Mais la compagnie tente de se redresser grâce à de nouvelles opportunités offertes aux compagnies d’assurance, à travers notamment UMOA-Titres, qui échange régulièrement avec les assureurs pour les aider à mieux comprendre le Marché des Titres Publics de l’Union, mais surtout à percevoir les opportunités de diversification des placements de liquidité sur des maturités longues.

UMOA-Titres sensibilise ainsi les compagnies d’assurance aux possibilités offertes par les émissions d’Obligations et de Bons du Trésor, mais également au fait que les titres publics offrent aux assureurs des possibilités de diversification grâce à une gamme de titres provenant de différents émetteurs et assortis de maturités variées.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, comment se porte aujourd’hui le secteur de l’assurance au Niger, au regard de votre longue expérience dans le domaine ?

C’est un secteur qui essaie de se maintenir. Je pense qu’en matière d’arsenal juridique et administratif, nous n’avons pas été suffisamment performants pour attirer des investisseurs étrangers.

L’assurance ne peut se développer que s’il y a de l’investissement. C’est l’une des principales difficultés. Le développement que nous espérions à l’époque ne s’est pas concrétisé, notamment pour cette raison. Le développement du secteur de l’assurance est étroitement lié à celui des industries. Malheureusement, de nombreux investisseurs ne s’intéressent pas à notre pays, d’où la faiblesse de notre tissu industriel. Les matières premières locales ne sont pas transformées sur place, mais le plus souvent à l’étranger.

Or, c’est bien la transformation locale qui constitue la pierre angulaire du développement industriel d’un pays. Autre élément : le secteur n’a pas suffisamment attiré les jeunes talents capables d’apporter des innovations à travers les nouvelles technologies.

Je peux affirmer sans difficulté que le secteur des assurances peine à véritablement décoller dans ce pays. Nous aurions pu faire mieux. À l’heure actuelle, par comparaison, nous figurons parmi les derniers de la sous-région.

Quelle relation entretiennent les compagnies d’assurance avec UMOA-Titres ? Investissez-vous dans le Marché des Titres Publics animé par cette institution ?

Au départ, lorsque les compagnies d’assurance ont commencé à exercer sur la base des réglementations internationales, conformément au Code CIMA, qui constitue le cadre régulateur des compagnies d’assurance, l’ensemble des placements se faisait principalement auprès des banques.

Il s’agissait essentiellement de dépôts à terme. Nous nous sommes vite rendu compte qu’ils n’étaient pas suffisamment rémunérateurs pour soutenir le développement de notre secteur. C’est ainsi que nous avons progressivement découvert le marché obligataire, qui fonctionne très bien sur d’autres continents et qui, aujourd’hui, se développe de manière beaucoup plus significative à travers UMOA-Titres.

Par conséquent, de plus en plus de compagnies d’assurance, qui collectent de l’épargne et jouent le rôle d’investisseurs institutionnels, se tournent vers ce secteur et nouent des partenariats avec l’institution.

Progressivement, nous souscrivons aux différentes émissions de titres publics, qu’il s’agisse d’Obligations du Trésor ou d’autres instruments, car il s’agit d’investissements à relativement long terme qui nous permettent d’en tirer les meilleurs rendements en matière d’intérêts.

C’est pourquoi UMOA-Titres constitue une avancée importante. Mieux encore, à côté de cette institution, il faut également citer d’autres structures telles que la BRVM, à travers lesquelles nous investissons nos ressources.

Cependant, le Marché des Titres Publics, qui regroupe des acteurs issus des huit États membres de l’UEMOA, demeure pour nous le plus rentable. Qu’il s’agisse de l’immobilier, des actions ou d’autres types de placements, le plus important et le plus rentable pour nous reste le Marché des Titres Publics animé par UMOA-Titres.

Quelles stratégies d’investissement mettez-vous en œuvre sur le marché ?

La majorité des partenaires d’UMOA-Titres sont des États ainsi que certaines agences jugées fiables. L’État est souverain ; en général, il n’est pas insolvable et ne fait pas faillite. Nous pouvons donc considérer que nous sommes en sécurité et que nous disposons d’une forme de garantie.

S’agissant des stratégies d’investissement sur le Marché des Titres Publics, tout dépend de chaque compagnie, de ses besoins de financement et des échéances proposées, les intérêts pouvant arriver à maturité au bout d’un an, de deux ans, de trois ans ou de sept ans, etc. Ce sont ces paramètres qui sont pris en compte. Il n’existe pas, à proprement parler, de stratégie particulière : ce qui compte avant tout, c’est de collecter le maximum de ressources.

Pouvez-vous nous donner un aperçu des actions déjà menées dans ce sens ?

Les actions menées prennent essentiellement la forme de souscriptions. Chaque fois que l’État du Niger émet des Obligations du Trésor, les compagnies d’assurance suivent et souscrivent.

Le remboursement n’a jamais posé de problème. Je n’ai pas une vision exhaustive du volume total des investissements réalisés, mais la tendance est aujourd’hui solide, et tous les acteurs s’orientent vers le Marché des Titres Publics.

Quel rôle jouent les assureurs dans ce type d’investissement ?

Le rôle des assureurs dans ce type d’investissement est primordial. Les assureurs figurent parmi les premiers acteurs à s’être intéressés à ce secteur, même s’il existe naturellement d’autres opérateurs et parties prenantes. Mais je pense qu’au niveau des compagnies d’assurance, la tendance en faveur de ce type de placement est aujourd’hui très forte.

Quels avantages ce marché offre-t-il aux investisseurs ?

S’agissant des avantages, l’analyse peut se faire de manière comparative. Les bénéfices proviennent de l’utilisation faite des fonds collectés au titre de l’épargne.

Ce que nous faisons, c’est faire fructifier ces ressources pour renforcer la solidité et la performance de la compagnie. Tout repose sur les taux d’intérêt proposés.

Parfois, des taux de 5 %, 6 % ou 7 % nous sont offerts ; nous recherchons naturellement les taux les plus élevés, en tenant aussi compte des maturités. C’est essentiellement ce qui guide le choix des assureurs.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées et quelles suggestions formulez-vous concernant ce partenariat avec UMOA-Titres ?

Les difficultés, à mon avis, sont simplement liées aux conditions propres à chaque émission. Chaque fois qu’il y a une émission de titres publics, il existe des caractéristiques spécifiques : le taux d’intérêt, la durée, ainsi que d’autres informations propres à l’opération, qui permettent aux compagnies d’effectuer leurs choix en fonction de leur gestion, de leurs objectifs et de leurs possibilités d’investissement.

Quelles sont vos ambitions à la tête de SAHAM ASSURANCES ?

La première ambition de SAHAM ASSURANCES NIGER est déjà de sortir de la situation que j’évoquais plus tôt et de s’ouvrir davantage aux marchés financiers, notamment en allant vers la création d’une future compagnie d’assurance-vie.

SAHAM ASSURANCES est aujourd’hui une compagnie d’assurance non-vie, comme on dit ici. Elle exerce uniquement dans les branches traditionnelles telles que les incendies, accidents et risques divers. Elle n’intervient pas dans l’assurance-vie. L’objectif est donc d’aller dans cette direction, car l’assurance-vie génère beaucoup plus de ressources que les autres branches et permet des investissements de plus long terme que les options actuellement disponibles dans l’assurance et la réassurance.

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