Mahamadou K. SAMAKE, Chef du Département Finance et Comptabilité de SONAVIE
« Le Marché des Titres Publics nous offre d’excellentes opportunités d’investissement à des taux particulièrement attractifs. »
À mi-parcours de l’exécution de son programme de souscription aux titres publics pour 2021, qui prévoit 1,7 milliard de FCFA d’investissements dans les titres publics du Mali cette année, le Chef du Département Finance et Comptabilité de la Société Nouvelle d’Assurance Vie (SONAVIE), pionnière de l’assurance-vie au Mali, Mahamadou K. SAMAKE, répond à nos questions dans ce numéro de votre magazine en ligne, La Tendance.
Quel rôle jouent les investisseurs institutionnels dans le secteur financier de l’UEMOA ?
Permettez-moi de replacer cela dans le contexte malien. Aujourd’hui, SONAVIE est l’un des principaux investisseurs institutionnels maliens sur le Marché des Titres Publics de l’UEMOA.
En 25 ans, la compagnie a su bâtir sa réputation sur le marché financier. Pour preuve, toutes les Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) qui viennent au Mali nous sollicitent pour connaître notre appétit pour les obligations mises sur le marché. À ce jour, nous totalisons plus de 8 milliards de FCFA de participations en titres publics. Au premier semestre 2021, nous avons acquis 610 millions de FCFA. La compagnie prévoit d’investir 1,7 milliard de FCFA avant la fin de l’année 2021.
Avec plus de 25 ans d’expérience dans le secteur de l’assurance au Mali, pourquoi SONAVIE choisit-elle d’investir sur le marché financier ?
Les raisons sont principalement de deux ordres. La première est liée à notre activité principale, à savoir l’assurance-vie, c’est-à-dire la capitalisation de l’épargne collectée. Nous promettons un taux de rendement sur cette épargne sur une période contractuelle bien définie. Nous devons donc rentabiliser au mieux ces ressources avant l’échéance des contrats.
La seconde raison est qu’en tant que professionnel et entreprise citoyenne, nous considérons que le Marché des Titres Publics nous offre d’excellentes opportunités d’investissement à des taux très attractifs.
Quelles sont vos stratégies d’investissement sur le marché ?
Nous disposons d’une politique d’investissement validée par notre Conseil d’Administration. Celle-ci fixe les orientations et décide du choix des intermédiaires financiers ainsi que de la qualité et de l’allocation des actifs au regard des exigences de diversification et de dispersion.
Dans ce document, nous accordons une attention particulière aux investissements les plus rentables d’une année à l’autre, tout en respectant bien entendu les limites de participation fixées par notre régulateur, la CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances).
SONAVIE, comme les autres compagnies d’assurance, se conforme à ces règles du marché.
Nous participons à presque toutes les émissions des pays présentant un certain niveau de stabilité. Nous examinons également d’autres caractéristiques propres à chaque émission, mais nous restons particulièrement attentifs à ce critère, car nos pays ouest-africains connaissent depuis de nombreuses années une instabilité politique chronique. Bien entendu, ces titres publics bénéficient de la garantie souveraine, mais sur le plan du remboursement, il peut y avoir des répercussions sur les produits attendus. C’est pourquoi nous avons une préférence pour les Obligations du Trésor du Mali.
Comment les investisseurs institutionnels perçoivent-ils l’évolution du Marché des Titres Publics ?
Il y a plusieurs éléments positifs à retenir. J’ai eu la chance d’être témoin du développement de ce marché financier. Il est devenu une réalité grâce à une forte volonté politique. L’avenir est prometteur.
Il y a dix ou quinze ans, pour obtenir certains financements, les pays devaient passer par de grandes institutions. Entre les études de faisabilité, les documents de projet et les travaux des comités appelés à le financer, cela pouvait prendre un à deux ans, selon la nature et l’ampleur du projet.
Aujourd’hui, en revanche, les États peuvent, à travers les emprunts lancés directement sur le Marché des Titres Publics de l’UEMOA, financer de petits projets locaux sans devoir recourir à ces grandes institutions internationales.
Il existe toutefois encore des marges d’amélioration, notamment en matière d’adaptation, car le taux de pénétration du marché financier, comparé à certains pays en développement, reste faible. Cela étant dit, je demeure optimiste. Aujourd’hui, nous disposons d’une classe moyenne en expansion et d’une population particulièrement jeune. Ces atouts peuvent contribuer à renforcer nos économies locales.
Comment renforcer l’attractivité du marché auprès d’autres investisseurs institutionnels ?
Afin d’assurer la continuité des investissements, je pense que deux points méritent d’être revus dans nos pays :
- la bonne gestion des fonds mobilisés. S’il persiste des pratiques financières contestables dans nos États, cela peut constituer un frein pour ces titres. Certes, il s’agit de titres souverains, mais il serait toujours utile de voir concrètement l’usage qui a été fait des fonds levés, afin d’encourager davantage les investisseurs institutionnels à investir ;
- le maintien d’une bonne politique de communication, visant à faire entrer le Marché des Titres Publics dans les habitudes aussi bien des personnes morales que des personnes physiques.