Konan Jacques ASSAHORE, Directeur Général du Trésor et de la Comptabilité Publique de Côte d’Ivoire
« Ma vision est de faire du Trésor Public une administration plus performante, capable d’accompagner efficacement la forte croissance engagée depuis plusieurs années. »
Son nom rime directement avec l’assurance au Niger. Il s’agit de Mamadou Talata DOULLA, promoteur de SAHAM ASSURANCES, une entreprise qu’il a lancée en 2012, après avoir consacré plusieurs décennies à la promotion du secteur dans le pays. D’abord à la SNAR-LEYMA, puis à UGAN, où il a occupé plusieurs fonctions stratégiques. Dans cette interview, il nous donne un aperçu des relations de partenariat entre les compagnies d’assurance et de réassurance et le Marché des Titres Publics, ainsi que des profits générés par les investissements en titres publics, devenus particulièrement attractifs pour les compagnies d’assurance au regard des rendements régulièrement obtenus. Il met également en lumière de nouvelles perspectives en matière de renforcement de la rentabilité.
Qui est Konan Jacques ASSAHORE ?
Je suis ASSAHORE Konan Jacques, marié et père de six enfants. Titulaire d’une maîtrise en droit public obtenue à l’Université Nationale de Côte d’Ivoire en 1987, j’ai intégré le Trésor Public après l’obtention d’un diplôme de l’École Nationale d’Administration en 1989.
Au cours de ma carrière professionnelle, j’ai successivement occupé les fonctions de Chef de service, Chargé d’études du Directeur Général, Fondé de pouvoir, Trésorier Général, Agent comptable de la dette publique et Directeur Général Adjoint.
À ce dernier poste, j’ai été amené à assurer d’importantes responsabilités financières entre 2011 et 2016, notamment :
- le pilotage de projets stratégiques de l’État tels que le Compte Unique du Trésor ;
- la participation à plusieurs négociations avec les partenaires au développement ;
- la coordination, avec l’ensemble du système bancaire de l’UEMOA, des négociations relatives à la restructuration de l’encours des bons du Trésor restés impayés à la suite de la crise postélectorale ;
- la coordination des activités de mobilisation de ressources sur le marché des capitaux.
Ma carrière a été consacrée, le 29 juin 2016, par ma nomination au poste de Directeur Général du Trésor et de la Comptabilité Publique, à l’issue d’un appel à candidatures. Cette nomination, je la dois principalement à ma vision consistant à faire du Trésor Public « une administration plus performante, capable d’accompagner efficacement la forte croissance engagée depuis plusieurs années ».
Ainsi, lors d’un séminaire tenu les 8 et 9 septembre 2016, j’ai mobilisé l’ensemble des ressources humaines du Trésor Public autour de cette vision, laquelle a été traduite, à l’issue de ces travaux, dans un document de planification pluriannuelle intitulé Plan Stratégique de Développement (PSD) 2016-2020 du Trésor Public.
Poursuivant cette dynamique, j’ai fait adopter un nouveau Plan Stratégique de Développement lors d’une Revue de Direction tenue en février 2021, couvrant la période 2021-2025. Enfin, animé par une forte volonté de contribuer au développement local, je me suis engagé en politique et ai été élu, le 7 mars 2021, Député des localités de Diabo et Languibonou.
À la tête du Trésor et de la Comptabilité Publique de Côte d’Ivoire, vous avez enregistré plusieurs performances, dont l’une des plus emblématiques est la certification globale obtenue par l’Institution en novembre 2019 sur l’ensemble de ses métiers selon la norme ISO 9001 version 2015. Concrètement, qu’a apporté cette certification à l’institution ?
La certification globale du Trésor constitue effectivement l’une des plus belles performances enregistrées sous ma gouvernance. Je voudrais profiter de cette interview pour réitérer ma satisfaction et adresser mes félicitations à l’ensemble de mes collaborateurs, qui ont compris l’importance du travail d’équipe tout au long du processus.
Pour revenir à votre question, il convient de souligner que l’obtention du certificat à la norme ISO 9001 version 2015 a eu de nombreux effets positifs, non seulement pour notre administration, mais aussi et surtout pour nos usagers/clients ainsi que pour l’État.
Ainsi, la certification à la norme ISO a permis au Trésor Public de renforcer la confiance des usagers/clients et des partenaires, d’améliorer la qualité opérationnelle, de consolider la transformation structurelle et durable de notre administration, etc.
S’agissant de nos usagers/clients, ils bénéficient désormais d’une meilleure qualité d’accueil, d’un traitement plus rapide de leurs courriers, plaintes et réclamations, ainsi que d’un niveau de satisfaction amélioré.
Quant à l’État, le certificat ISO 9001 du Trésor Public renforce la crédibilité dont il jouit auprès des partenaires nationaux et internationaux et améliore la qualité de sa signature.
Les enjeux d’une telle performance, comme vous l’aurez constaté, dépassent le seul cadre du Trésor et justifient notre ferme détermination à œuvrer au maintien de cette certification, qui nous a fait entrer dans le cercle des administrations publiques les plus modernes.
En tout état de cause, la certification globale du Trésor Public à la norme ISO 9001 version 2015 confirme notre ambition d’être une administration de référence au niveau national et même au-delà de nos frontières.
Les différentes distinctions obtenues au cours de la dernière décennie en témoignent.
Pouvez-vous nous parler de quelques innovations mises en place dans le cadre de la gestion et de la satisfaction des usagers/clients, telles que le Centre d’Écoute du Trésor et la plateforme digitale Baobab ?
La mise en place du Centre d’Écoute du Trésor et de la plateforme digitale Baobab s’inscrit dans un vaste projet de digitalisation de nos procédures et méthodes de gestion, engagé depuis le PSD 2016-2020 et réaffirmé dans le PSD 2021-2025. À travers ces réformes, nous poursuivons l’objectif de rapprocher l’administration du citoyen, conformément aux orientations gouvernementales.
Ainsi, le Centre d’Écoute vise à regrouper en un seul lieu l’ensemble des principales informations dont l’usager/client peut avoir besoin. Il a donc vocation à être un guichet unique d’information sur le Trésor. Il s’agit d’une interface dynamique et interactive destinée à faciliter l’accès des usagers/clients aux services du Trésor, en étant à l’écoute attentive de leurs besoins, exigences et attentes, afin d’y répondre durablement.
Quant à la plateforme Baobab, il s’agit d’un système de gestion de la relation client en ligne. Elle vise à permettre à l’ensemble des usagers/clients d’interagir avec les services du Trésor à tout moment et en tout lieu, depuis tout support numérique (smartphone, tablette, ordinateur, etc.).
En complément de ces innovations, d’autres outils digitaux ont également été développés dans le cadre de notre relation avec les parties prenantes, notamment :
- la plateforme Ebanktresor destinée aux clients de la Banque des Dépôts du Trésor Public ;
- les plateformes électroniques de paiement des dépenses et de recouvrement des recettes, dénommées TRESORPAY et TRESORMONEY ;
- des cartes prépayées conçues pour le règlement des frais de missions à l’étranger, des bourses et des primes liées aux compétitions sportives internationales ;
- la plateforme de recouvrement électronique des frais de chancellerie.
À travers son Trésor, la Côte d’Ivoire apparaît comme l’un des principaux émetteurs sur le Marché des Titres Publics de l’UMOA. Comment assumez-vous cette position de leader ?
Cette position de leadership a été récemment confirmée par le magazine d’actualité d’UMOA-Titres de mai 2021. Il s’agit d’un positionnement qui s’inscrit naturellement dans la stratégie de mobilisation des ressources de la Côte d’Ivoire sur les marchés financiers. L’un des piliers de cette stratégie repose sur une présence active et régulière sur le Marché des Titres Publics.
Pouvez-vous nous donner un aperçu des émissions de la Côte d’Ivoire au premier semestre 2021 sur le Marché des Titres Publics, en termes de performances ?
Je commencerai par indiquer que le besoin de financement sur les marchés financiers pour l’année 2021 s’élève à 2 010,5 milliards de FCFA. Au 30 juin 2021, la Côte d’Ivoire avait pu couvrir 84,06 % de ce besoin, en recourant au marché régional à hauteur de 55,66 %.
C’est l’occasion de saluer le dynamisme de nos investisseurs sur le marché local et de les remercier pour la confiance placée dans les titres publics émis par la Côte d’Ivoire.
En cette année 2021, marquée par la relance économique, votre institution a eu recours aux Obligations de Relance. Que pensez-vous de ces nouveaux instruments proposés au marché par UMOA-Titres ?
Dans le cadre des efforts continus visant à lutter contre la pandémie de COVID-19 et à stimuler l’économie, la BCEAO a mis en place les Obligations de Relance (OdR) afin d’aider les États à atteindre leurs objectifs de levée de fonds sur le marché local de la dette.
Il s’agit d’instruments innovants qui ont permis à la Côte d’Ivoire de mobiliser des montants importants à des maturités longues et à des rendements nettement inférieurs à ceux observés les années précédentes. Au 30 juin 2021, 14 Obligations de Relance avaient été émises, avec un taux de réalisation de 129,85 %.
Quel est votre bilan global de l’accompagnement que vous recevez d’UMOA-Titres dans la gestion de votre dette de marché ?
UMOA-Titres est un acteur majeur dans la gestion de la dette de marché de la Côte d’Ivoire. L’institution assure l’organisation matérielle des émissions de titres publics par adjudication, conseille et accompagne l’État dans la structuration des opérations de gestion active de la dette.
De manière générale, quelle est la stratégie d’émission de titres publics de la Côte d’Ivoire pour 2021 ? Envisagez-vous de mobiliser davantage de ressources que l’année précédente ? Pourquoi ?
Pour l’année 2021, un montant de 2 010,5 milliards de FCFA est prévu pour le financement du budget de l’État, dont 1 303 milliards de FCFA sur le marché régional.
Dans le cadre de la Stratégie de Gestion de la Dette à Moyen Terme (SDMT), la stratégie d’émission de titres publics en 2021 vise à optimiser le profil coût-maturité des nouveaux emprunts et s’articule autour des quatre (4) objectifs principaux suivants :
- mobiliser rapidement et efficacement les ressources nécessaires à l’exécution du budget 2021 ;
- poursuivre les efforts de diversification de la base des investisseurs et des sources de financement du pays ;
- maintenir des marges de manœuvre suffisantes au regard des ratios d’analyse de viabilité de la dette, afin de conserver un risque de surendettement à un niveau modéré ;
- tenir compte des niveaux de liquidité disponibles pour chaque catégorie d’instrument envisagée, afin d’éviter tout risque de cannibalisation dans la mise en œuvre du plan de mobilisation.
Comment appréciez-vous le Marché des Titres Publics de l’UMOA, notamment en matière de diversification de sa base d’investisseurs et, plus particulièrement, le rôle des investisseurs institutionnels sur ce marché ?
Le Marché des Titres Publics est fortement sollicité par les États membres de l’UEMOA, notamment en raison des effets de la crise sanitaire mondiale. Il s’agit d’un marché qui offre une diversité de maturités adaptée à toutes les catégories d’investisseurs.
Toutefois, il convient de constater que les investisseurs institutionnels bancaires détiennent l’essentiel de la dette publique. L’enjeu est donc d’éviter que le marché ne devienne trop dépendant d’une seule catégorie d’investisseurs. D’où la nécessité d’élargir la base des investisseurs.
Votre mot de la fin à l’attention de vos lecteurs.
C’est pour moi l’occasion de remercier UMOA-Titres pour son soutien constant au développement du marché des titres de dette publique. Le défi pour nous, comme évoqué précédemment, est d’élargir la base des investisseurs et, à cet égard, des discussions sont en cours avec différents acteurs du marché local.
Je voudrais également saisir cette opportunité pour remercier et encourager l’ensemble des investisseurs du marché financier régional pour leur appui dans la mobilisation des ressources nécessaires au financement des États.
Enfin, je tiens à rassurer les investisseurs quant à la qualité du crédit de la Côte d’Ivoire. La solidité de ses fondamentaux de crédit a récemment été saluée par les agences de notation, avec deux relèvements de notation par Fitch et Standard & Poor’s.
En effet, la Côte d’Ivoire a obtenu, le 6 juillet 2021, une première notation par Standard & Poor’s, à BB- avec perspective stable. Le 19 juillet 2021, Fitch a relevé la note de la Côte d’Ivoire de B+ avec perspective positive à BB- avec perspective stable. La Côte d’Ivoire est désormais solidement ancrée dans la catégorie « double B » et se positionne parmi les pays les mieux notés d’Afrique, aux côtés du Botswana, du Maroc, de l’Afrique du Sud et de la Namibie.